Chronique lecture đŸ€”: La Louisiane de Julia Malye

Chronique lecture đŸ€”: La Louisiane de Julia Malye

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Il m’est toujours trĂšs difficile quand quelqu’un a fait un travail trĂšs long comme l’autrice Julia Malye ici, qui a mis 8 ans pour Ă©crire « La Louisiane », d’avouer que suis complĂštement passĂ©e Ă  cĂŽtĂ© du roman et que j’aurais prĂ©fĂ©rĂ© l’abandonner…

Pourquoi je ne l’ai pas fait ? Parce que je suis jurĂ©e pour le Prix 2024 de livres audio Audiolib, et que je me devais d’aller jusqu’au bout de l’ouvrage, pour le critiquer.

Avant de vous raconter l’histoire qui pourtant me donnait envie, je voulais faire un point sur ma dĂ©ception, pour ne pas laisser planer de mystĂšre…

J’ai cru d’abord que l’autrice, qui m’est inconnue, Ă©tait amĂ©ricaine, et je me suis dit qu’il y avait peut-ĂȘtre un problĂšme de traduction.
Passant l’autre jour chez un libraire, j’ai cherchĂ© sur la premiĂšre page du livre brochĂ© le nom du traducteur, ce que je ne risquais pas de trouver… car l’autrice est française !
Ce qui est juste hallucinant, c’est que dans l’entretien avec elle, Ă  la fin du livre audio, j’apprends qu’elle a fait ses Ă©tudes et habitĂ© pas mal de temps aux États-Unis… elle a commencĂ© Ă  Ă©crire son roman en anglais ! Ceci pour moi explique en partie la sensation que j’ai eu tout au long du roman, d’une « traduction » bancale.

En fait j’ai trouvĂ© qu’il y avait des longueurs permanentes, je n’avançais pas dans l’histoire, et je n’ai rien retirĂ© de ce livre, ce qui me navre, sauf quelques infos historiques, bien sĂ»r.

Julia Malye a Ă©crit ce roman entre ses 22 ans et ses 30 ans, des annĂ©es extrĂȘmement importantes pour une jeune adulte, des annĂ©es oĂč on change Ă©normĂ©ment aussi. Est-ce une seconde raison pour me donner l’impression d’un roman confus, avec parfois des phrases peu claires ?

L’histoire, j’y viens enfin !!

C’est une histoire absolument inconnue qu’elle va nous conter lĂ , celle de dizaines de jeunes femmes envoyĂ©es depuis la France et plus prĂ©cisĂ©ment depuis l’hĂŽpital de la SalpĂȘtriĂšre, orphelines ou laissĂ©es-pour-compte, en Ăąge de procrĂ©er c’est-Ă -dire Ă  l’Ă©poque Ă  partir de 12 ou 13 ans, pour pouvoir aller donner une descendance aux colons français arrivĂ©s en Louisiane en ce dĂ©but de 18Ăšme siĂšcle.
Histoire tellement inconnue que mĂȘme Ă  la SalpĂȘtriĂšre, il n’y a aucune plaque pour commĂ©morer leur dĂ©part, ni mĂȘme leur existence ! đŸ˜Ș

Le nom donnĂ© Ă  cette contrĂ©e humide, bourrĂ©e de moustiques, et pas du tout accueillante, venait de Louis XIV, lorsqu’un explorateur a voulu s’en emparer fin du 17Ăšme : La Louisiane.

On va suivre essentiellement la vie de Charlotte, GeneviĂšve et PĂ©tronille, des jeunes femmes courageuses et volontaires, qui aprĂšs des mois passĂ©s sur un bateau, arriveront dans cette partie des États-Unis oĂč il n’y avait rien Ă  leur dĂ©barquement. Rien, si ce n’est une patrie Ă  conquĂ©rir, des terres Ă  voler, des Indiens Ă  dĂ©cimer, des maladies Ă  apporter, mais ça c’Ă©tait le travail de leurs maris ! Pour elles, dĂ©solation et solitude. 😯

Julia Malye a su crĂ©er des personnages forts, et j’ai apprĂ©ciĂ© ces femmes, mais je n’ai pas rĂ©ussi Ă  m’attacher Ă  elles. Je ne dis pas que je voulais du rebondissement Ă  tout va, mais je m’attendais Ă  un peu plus d’aventure(s), et ce sont vraiment des histoires absolument quotidiennes qui vont ĂȘtre racontĂ©es.

Hormis le fait que deux d’entre elles soient plutĂŽt attirĂ©es par les femmes, et qu’on va tourner autour de ça tout le long du roman, hormis les grossesses, ou la tentative pour deux d’entre elles de crĂ©er un dĂ©rivatif Ă  leur quotidien, via la culture de vers Ă  soie, ou les connaissances des plantes qui guĂ©rissent, rien ne ressort de leur histoire.
Sur le bateau l’une d’entre elles arrive Ă  s’interposer Ă  des pirates, un peu bizarre, non ?
Julia laisse aussi la parole Ă  une jeune autochtone indienne, pour quelques chapitres, cela m’a plu.

Il n’en reste pas moins que j’ai Ă©tĂ© sonnĂ©e d’apprendre l’existence et la vie de ces femmes, et de mesurer la chance que j’ai de vivre en France au 21Ăšme siĂšcle.

Sur la forme :

J’ai eu parfois l’impression d’Ă©couter plutĂŽt un documentaire qu’une fiction, mais heureusement avec un vocabulaire usuel et classique.

J’ai aimĂ© la voix de ValĂ©rie Muzzi, mais j’ai dans un premier temps passĂ© le livre audio en vitesse 1.25 pour avoir un rythme qui me semblait plus normal, puis 1.5 les 3 derniĂšres heures pour pouvoir terminer !
Si je l’avais fait Ă  la cadence habituelle de 1, j’aurais vraiment l’impression que la comĂ©dienne avait adoptĂ© un ton aussi lent que l’Ă©tait l’histoire !
Au dĂ©but sa voix me paraissait mĂȘme un peu trop prĂ©cieuse, ce qui correspondait bien Ă  la rĂ©pĂ©tition de noms propres de nobles qu’on « reçoit » lorsque l’histoire dĂ©bute, Ă  la SalpĂȘtriĂšre.

Je me rends bien compte que je peux paraĂźtre dure dans mes propos, mais j’espĂšre rester respectueuse de l’autrice et de son travail. Il faut juste bien saisir que je me suis ennuyĂ©e, et contrainte Ă  continuer ce livre sans aucun plaisir, imaginez cela, et vous me comprendrez.

Bref vous l’avez compris je passe mon chemin… et entame rapidement un autre roman !

8 rĂ©ponses Ă  « Chronique lecture đŸ€”: La Louisiane de Julia Malye »

  1. Bonjour Anne,
    Vous concluez votre critique par : « Bref vous l’avez compris je passe mon chemin… et entame rapidement un autre roman ! » DĂ©solĂ©, mais j’ai envie de vous ramener Ă  celui-ci, essentiellement pour vous fĂ©liciter. La critique que vous faite est mesurĂ©e et respectueuse du travail de l’auteur et des sentiments qui vous ont traversĂ©e Ă  la lecture de son ouvrage.

    Pour ma part, j’ai dĂ©couvert le sujet en mai 2022 dans l’étude amĂ©ricaine de Joan DeJean « Mutinous Women » chez Basic Book. Madame DeJean a travaillĂ© en historienne, s’effaçant pour laisser parler ses sources sans aller au-delĂ , laissant le soin au lecteur de fantasmer la partie romanesque que suggĂšrent immanquablement les faits bruts et de les confronter aux documents authentiques qu’elle a bien rĂ©fĂ©rencĂ©, et Ă  l’abondante bibliographie qu’elle donne.
    Au fil des documents récoltés sur plus de cent-vingt jeunes femmes en 1700 et 1790, on entre dans une vaste fresque qui recÚle matiÚre à plusieurs romans (autant que de personnes) et dont Manon Lescot fut le prototype.
    MalgrĂ© l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des situations qui donne Ă  l’ensemble une forme buissonnant oĂč certains verront de la confusion, madame Dejean donne une bonne synthĂšse de cette communautĂ© de destins hors-normes, curieusement oubliĂ©s de l’Histoire et cependant fondateurs de la nation amĂ©ricaine, au mĂȘme titre que les arrivants du May-Flower, restĂ©s dans toutes les mĂ©moires.

    Lorsque j’ai su que les Ă©ditions Stock, allaient prĂ©senter le sujet en langue française mais sous forme de roman, je me suis interrogĂ© sur l’intĂ©rĂȘt d’en faire l’acquisition. Votre critique semble nettement indiquer que je serais déçu et ne retrouverai pas le plaisir de ma primo-dĂ©couverte de 2022 en lisant l’étude de Joan DeJean.
    Robert

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  2. Merci Robert pour votre apport Ă  cette histoire, qui malgrĂ© ma critique peu positive, n’en reste pas moins Ă  connaĂźtre. C’est aussi l’histoire de notre pays. Bonne journĂ©e

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  3. Ta chronique est trĂšs juste Anne, respectueuse et argumentĂ©e. C’Ă©tait l’un des romans qui me tentaient le plus dans le Prix, et je l’avais d’ailleurs mis dans ma wishlist avant mĂȘme de savoir qu’il faisait partie de la sĂ©lection. J’ai tout de mĂȘme hĂąte de le dĂ©couvrir par moi-mĂȘme, et d’en apprendre plus sur cette partie de l’histoire dont j’ignore tout.

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  4. Merci Caroline. Et j’attends donc ta chronique avec impatience. 😉 Bonne lecture et bon WE.

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  5. Je me sentais seule jusqu’Ă  ce que je lise votre chronique !!! Ce roman a fait beaucoup de bruit , il a Ă©tĂ© d’aprĂšs ce que j’ai pu voir rĂ©ellement apprĂ©ciĂ© et pourtant.. j’ai trouvĂ© qu’il sonnait creux, j’ai eu envie de claquer Charlotte, j’ai du relire des passages parce que je ne les trouvais pas clairs du tout, il n’y a aucune profondeur dans ce rĂ©cit, aucune vie. J’ai abandonnĂ© Ă  environ 150 pages, je n’en pouvais plus ! J’irai me renseigner sur le sujet , intĂ©ressant par ailleurs , mais je ne pense pas que ce livre puisse m’apporter grand chose Ă  ce sujet…

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  6. Non vous n’ĂȘtes pas seule ! MĂȘme si hier cette autrice est passĂ©e mercredi dernier Ă  la Grande librairie et que vraisemblablement Trapenard en est fan, je reste sur mes positions ! 😉

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  7. Avatar de Marianne Mignot Ogliastri
    Marianne Mignot Ogliastri

    Merci pour votre retour! C’Ă©tait intĂ©ressant Ă  lire, j’avoue que pour ma part ça a Ă©tĂ© complĂštement l’inverse (comme quoi, c’est toujours surprenant de se dire que deux personnes peuvent avoir des avis si tranchĂ©s sur le mĂȘme roman, et vivre des expĂ©riences de lectrices si diffĂ©rentes).

    En ce qui me concerne, j’ai dĂ©vorĂ© La Louisiane – j’ai Ă©tĂ© complĂštement happĂ©e par l’histoire et les personnages, et je n’ai pas eu l’impression qu’il y avait de longueurs ; au contraire, il se passait tant de choses tant au niveau de l’intrigue que de la vie intĂ©rieure de ces femmes que je n’ai jamais eu la sensation de m’ennuyer. La plongĂ©e historique dans ce dĂ©but de XVIIIe siĂšcle a trĂšs bien fonctionnĂ© chez moi : j’avais l’impression d’ĂȘtre aux cĂŽtĂ©s de ces femmes sur le bateau, et j’ai particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© l’attention qui Ă©tait portĂ©e Ă  chaque dĂ©tail, qu’il s’agisse du tissu d’une robe ou de l’odeur d’une plante – dĂ©tails qui m’ont vraiment plongĂ©e dans l’ambiance d’une Ă©poque que je n’ai jamais connue.

    Je l’ai commencĂ© sans trop savoir Ă  quoi m’attendre, et je l’ai finalement lu d’une traite et refermĂ© en me disant « mince, j’aurais aimĂ© que ça dure plus longtemps »!

    Je partage l’avis des personnes qui ont Ă©crit que vous avez rĂ©ussi Ă  exprimer votre avis sans ĂȘtre insultante ou dĂ©sobligeante vis Ă  vis de l’auteur (ce qui de nos jours, n’est pas si courant!) :)

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    1. Bonjour Marianne,
      Avant tout, merci pour votre commentaire argumentĂ©, ça me fait toujours plaisir. Et pour vos gentils mots Ă  la fin. â˜ș
      Oui moi aussi ça me surprend toujours ces avis diffĂ©rents, je le vois Ă  chaque fois que je vais un club de lecture ou mĂȘme sur Babelio… et finalement c’est assez amusant ! Il faut rester ouvert, mĂȘme si quelqu’un a peu aimĂ© ou au contraire s’est emballĂ© ! 😄
      Bonne soirée.

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