Chronique lecture ❤️: Mangez-moi de Agnès Desarthe

Chronique lecture ❤️: Mangez-moi de Agnès Desarthe

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J’essaye d’acheter le plus possible mes livres, en occasion. Un peu pour le prix vu mon rythme de lecture, pour l’idée même de l’occasion, à savoir que le livre est passé dans d’autres mains, beaucoup pour le plaisir de fouiller et de tomber sur une surprise, sans idée précise, et bien entendu pour éviter de couper des arbres, inutilement. 🌳

Pour ce roman, Mangez-moi, grosse surprise chez Gibert Montpellier, je suis tombée sur lui il y a quelques temps dans les bacs à 20 centimes !! Un peu triste pour Agnès Desarthe, mais bonne pioche pour moi qui voulais le lire depuis des années, car Mangez-moi est sorti en 2006.

L’histoire :

Myriam est une femme meurtrie et cassée par une histoire familiale, et qui décide d’ouvrir un restaurant, sur ses simples compétences de cuisinière passionnée, elle aime profondément faire à manger aux autres. Mais elle gruge la banque, en faisant croire qu’elle a son diplôme et même effectué un long stage dans les cuisines du Ritz… un peu risque-tout et fantaisiste, donc !

Pourtant cette fantaisie est enfouie sous une bonne dose de pessimisme et de manque de confiance en elle, et on comprend que ses 6 dernières années ont été bien difficiles.

Myriam ouvre un tout petit resto, le nomme « Chez moi », et c’est à ce point sa maison que, fauchée, elle y dort, et y vit le reste de la journée, en dehors des heures de service et de cuisine. Bien sûr, parce qu’elle a peu de moyens, mais elle semble aussi se punir de quelquechose… 🍽

On suit donc Myriam pour l’ouverture de son commerce, dans les 1ers jours, d’abord sans clients, puisqu’elle ne veut pas officialiser l’ouverture (ça en dit long sur sa façon de se considérer) puis à l’arrivée des 1ers gourmands, par le bouche-à-oreille, et/ou le hasard.

Le restaurant prend forme, elle est généreuse et entière, propose de super idées, comme une cuisine et un moment réservés dans la journée pour les enfants, un service traiteur avec des restes, et de tout petits prix pour les étudiants.

Chez elle on fume, on s’apostrophe entre les tables, on fait connaissance entre genres, générations et différentes couches sociales. On y parle philosophie, vie d’un commerce et stratégies de développement.

Il y plein de mini-histoires dans l’histoire et l’autrice donne vie à chaque personnage avec amour, j’ai eu l’impression qu’elle pensait à des gens qu’elle connaissait.

Cette femme a donc tout pour être heureuse aujourd’hui, elle est bien entourée, elle sait le faire de façon naturelle, mais pourtant, profondément, je pense qu’elle croit ne pas mériter le succès, l’amour et l’amitié. Elle aime la vie et les hommes, passionnément, ce qui lui a posé quelques soucis auparavant, et a du mal dorénavant à s’ouvrir et à se laisser aller, même si elle en a envie.

On apprend au fur et à mesure son histoire, c’est bien amené, distillé lentement entre deux recettes, et j’ai aimé ses histoires antérieures. Maman d’un Hugo qu’elle n’a pas su aimer, femme d’un mari rude et brusque, dont elle a adoré les parents baba cool, ancienne cuisinière dans un cirque, maitresse d’un homme auquel elle n’aurait pas dû accorder sa confiance…

Je vous laisserai découvrir la suite seuls…

Il y a deux choses que j’ai adorées dans Mangez-moi :

1/ L’écriture, ronde, lumineuse, riche, sensuelle. Forcément, en parlant de restauration, on est amené à parler de nourriture, de goûts, d’odeurs, de sensations gustatives, mais il y a plein de manières de le faire.

J’ai découvert l’écriture et la langue, devrais-je dire, d’Agnès Desarthe. Elle fait vivre les fruits et les légumes, enchante les cuissons et les textures, nous donne plein d’idées d’accords culinaires, fait la cuisine comme un parfumeur compose un parfum, en artiste, avec en tête la forme d’un plat, ou encore, fait des inventaires à la Prévert de ses ustensiles. L’autrice a un talent tout particulier à décrire les odeurs, bonnes comme mauvaises, et les textures des aliments ou des objets.

2/ Sa galerie de personnages. Bien sûr j’ai une tendresse toute particulière pour son héroïne, mais aussi pour Ben, jeune homme énigmatique et particulier, qui viendra l’aider gratuitement au service et pour plein d’autres choses, Vincent le fleuriste qui semble amoureux d’elle et qu’elle apprendra à connaître, ou encore Ali, son ancien maraîcher du cirque. Et bien sûr Hugo, son petit bonhomme, dont elle perdu la trace, on comprendra pourquoi, au fil de l’histoire.

Quantité d’autres personnes vivent autour d’elle, que j’ai trouvées lumineuses, originales et courageuses à leur façon ! Comme les femmes, Tata Emilienne qui se fout bien de ce qu’on pense d’elle, Barbara qui devient gouvernante du resto, alors qu’elle est agrégée de maths, les deux étudiantes qui se sont attablées les toutes 1ères chez elle et qui lui sont fidèles.

Je suis ravie d’avoir découvert l’écriture d’Agnès Desarthe, qui probablement a adapté son style à ce roman culinaire, mais dont je soupçonne, en creux, l’intérêt pour les belles descriptions, la poésie, le goût des mots et les phrases imagées. Certaines phrases de Mangez-moi m’ont fait penser à des aphorismes. Une autrice à suivre !

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